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L’USAID aide des pêcheurs du Sine-Saloum à s’unir pour préserver les ressources crevettières

En veillant attentivement à préserver les ressources crevettières en constante diminution, les communautés de pêcheurs de la Réserve de la Biosphère du Delta du Sine Saloum ont décidé d’assumer la responsabilité de la gestion de leurs ressources naturelles et de prendre des mesures concrètes pour protéger leur gagne-pain, aujourd’hui et pour les futures générations.Un pêcheur du village de Bétanti exhibe une partie de sa prise journalière de crevettes. L'USAID travaille avec les communautés pour élaborer un plan de conservation des ressources halieutiques. Photo: Richard Nyberg, USAID/Senegal

Les cinq cents habitants de Rofangué - « lieu où il fait bon vivre » en langue locale Sérère -, n’ont pas d’autres choix que d’intervenir pour sauver ce qui reste de leurs ressources halieutiques. Il y a des années de cela, ces insulaires pouvaient cultiver du mil en plus de leurs prises journalières de poisson. Mais la salinisation a rendu les terres impropres à la culture. Si la pêche meurt à Rofangué, ses habitants devront fermer leurs maisons et partir, et peut-être pour toujours.

Avec son sol plat, sablonneux, de couleur argile, Rofangué serait un désert sans le dynamisme et la joie de vivre de ses habitants. Il n’y a pas de poste de santé et le paludisme fait des ravages. Après avoir fréquenté l’unique école primaire du village, les enfants doivent emprunter des pirogues pour poursuivre leurs études dans les villes les plus proches, ne rentrant chez eux que les week-ends ou parfois moins fréquemment.

Douze panneaux solaires fournissent l’électricité, essentiellement pour la lumière. Les villageois espèrent pouvoir un jour se payer une grande unité solaire ou un groupe électrogène afin de fabriquer de la glace pour mieux conserver leurs poissons et crevettes dont une bonne partie est destinée aux restaurants chics de Dakar, la capitale.

De nouvelles études financées par l’Agence des Etats-Unis pour le Développement International (USAID) montrent clairement que des mesures de sauvegarde s’imposent à Rofangué et dans d’autres communautés de cette splendide zone.

Un pêcheur de crevettes tire son filet dans le Delta du Sine Saloum. Photo: Richard Nyberg, USAID/Senegal.Selon Matar Diouf, directeur de projet à l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), si ces pêcheurs et ceux des villages environnants ne changent pas leurs techniques de pêche, « dans 10 ans, il n’y aura plus de pêcheries de crevettes au Sine Saloum. »

Matar a expliqué que le principal problème sur la côte et dans les « bolongs » c’est l’utilisation de « bombardiers » c’est-à-dire des filets à mailles serrés souvent utilisés par des pêcheurs occasionnels désireux de frapper de grands coups. Bien entendu, ces filets attrapent aussi les toutes petites crevettes et empêchent ainsi leur croissance et une préservation durable de la ressource. Les pressions exercées par les fortes demandes du marché, incitent aussi les pêcheurs à exercer même pendant la basse saison.

Dans le cadre des études financées par l’USAID, les pêcheurs qui ont discuté avec les agents de l’UICN ont identifié d’autres problèmes : le non respect des périodes d’ouverture et de fermeture de la pêche crevettière, le nombre croissant de pêcheurs, la vente de crevettes de trop petites tailles et l’insuffisance du nombre d’agents du service des pêches chargés de patrouiller et d’arrêter la pêche illégale.

« La pêche crevettière est l’une des activités les plus lucratives mais l’une des moins bien organisées, » a déclaré Abdoulaye Kane, directeur du bureau de l’UICN au Sénégal. « Les chercheurs et professionnels de la pêche doivent se regrouper pour travailler ensemble. »Des pêcheurs du village de Bétanti testent leurs compétences en mécanique en réparant des moteurs hors-bord, un équipement essentiel pour assurer leur gagne-pain. Photo: Richard Nyberg, USAID/Senegal.

Fodé Sarr, pêcheur, a fait état de la très forte demande de glace et d’infrastructures de stockage, y compris de petites unités de réfrigération pouvant être transportées sur les embarcations pour des sorties en mer de cinq jours. Et d’ajouter : « si nous avions de bonnes infrastructures de stockage dans le village, les marayeurs viendraient acheter le poisson ici et cela nous permettrait de réaliser des profits plus substantiels. »

S’adressant aux habitants de Rofangué après avoir écouté leurs doléances, l’Ambassadeur des Etats-Unis, Richard Roth leur a demandé de relever le défi : « Nous comptons sur votre village parce que vous savez déjà ce qu’il faut faire. Parlez aux pêcheurs des autres villages ; dites leur pourquoi il est important de préserver les stocks de crevettes. Travaillez ensemble pour atteindre ce but. »

Les mêmes doléances ont été posées par le village côtier de Bétanti où vit Kéba Mané, 57 ans et père de 17 enfants. Pêcheur depuis 25 ans, il soutient que les pêcheurs sont conscients du problème de la surexploitation de la ressource et de la nécessité de laisser les crevettes arriver à maturité. Cependant, les filets qu’ils utilisent attrapent de toutes petites crevettes qui sont consommées par les villageois alors que les grosses sont vendues aux marayeurs qui les écoulent sur le marché dakarois.

Les résultats des études de l’USAID ont été récemment présentés lors d’une réunion des chefs de pêche du Sine Saloum et d’une rencontre avec d’autres représentants de pêcheurs locaux.

A la suite de ces rencontres, les pêcheurs ont unanimement voté pour la fermeture de la campagne de pêche crevettière dans tout le Sine Saloum le 31 mars 2005 et sa réouverture entre le 15 et le 20 juillet. Dans le cadre d’un plan de gestion qui est actuellement en train d’être discuté dans 33 villages et dans la commune de Foundiougne, les populations de crevettes feront l’objet d’un échantillonnage à partir du 15 juillet afin de déterminer les endroits où elles ont atteint une taille suffisante. Dès que les tailles appropriées seront atteintes, la nouvelle campagne sera ouverte.

Les pêcheurs demandent aussi au service des pêches de veiller à un strict respect de la fermeture de la campagne de pêche et des règlements concernant la taille des mailles des filets. Selon Christopher Matthews, l’expert qui a conduit les études pour l’USAID, il faudra encore du temps aux populations du Delta du Sine Saloum pour s’organiser et appliquer le plan de gestion qui devrait inclure la dotation des comités villageois de talkie-walkies et de badges pour pouvoir intervenir lorsque des pêcheurs locaux ou de passage essaient de pêcher illégalement.

« Il faut que le nombre de personnes et la quantité d’équipement soient en adéquation avec le niveau de la ressource» dit-il car avec la croissance démographique, de plus en plus de personnes se tournent vers la pêche pour gagner leur vie, et exercent ainsi une pression accrue sur une industrie fragile.

L’objet du projet de l’USAID est d’élaborer un plan de gestion participative de la pêche crevettière, basé sur des études biologiques et socio-économiques.

Les études biologiques ont produit des données scientifiques sur la croissance et la reproduction des crevettes, sur les sites de ponte/reproduction et sur la nutrition ; ainsi, les périodes de fermeture de la pêche sont fixées sur la base d’informations scientifiques.

Les études socio-économiques ont permis une meilleure connaissance de l’environnement social des pêcheurs de crevette et une évaluation de leurs méthodes de travail. En collaboration avec l’UICN, Matthews a évalué les stratégies locales de pêche et les connaissances des pêcheurs sur les changements dans l’écosystème et les niveaux des ressources, ainsi que sur leurs perceptions des mesures de gestion de la pêche.

Un recensement effectué dans ce domaine a identifié plus de 3700 pêcheurs de crevette. Pendant la campagne 2003-2004, ces derniers ont débarqué environ 1600 tonnes de crevette. Pendant la campagne légale de neuf mois, ils ont perçu près d’un milliard de francs CFA au total.

Les études de l’USAID s’inscrivent dans un vaste programme visant à encourager les communautés de nombreuses zones du pays à prendre en charge la gestion de leurs ressources naturelles sur les côtes, dans les campagnes et forêts.


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