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De l’eau potable à Carabane
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Abdou Diatta accomplit une nouvelle tâche sur l’île de Carabane, au large de la Casamance. Il garde la pompe qui, pour la première fois, a apporté de l’eau potable aux habitants de ce qui fut l’ancienne capitale coloniale de la Casamance. Du matin au soir, il ouvre le portail de l’enclos et le cadenas de la pompe pour permettre aux gens de remplir seaux et bouteilles. Certains s’arrêtent juste pour boire. Dans l’île, on a encore du mal à croire à l’existence d’une eau qui ne rend pas malade.
Pendant des décennies, les 500 habitants de l’île – qui fut aussi une ancienne escale sur la route de la traite négrière vers les Amériques – devaient acheter et transporter de l’eau potable par de grandes pirogues motorisées depuis Elinkine, une petite ville à environ une demi heure de là. L’eau d’Elinkine est aussi le fruit de l’assistance de l’USAID qui, après y avoir financé la réhabilitation de deux puits, a acheté une pirogue pour les habitants de Carabane. Cette eau était achetée à environ 300 francs CFA les 20 litres. Evidemment les riziculteurs et pêcheurs aux moyens limités ne pouvaient se le permettre et beaucoup étaient obligés de boire de l’eau contaminée et courir des risques d’attraper la diarrhée et des maux de ventre.
Parmi ceux-ci, Ibrahima Guèye, le chef de village. Après avoir pendant longtemps cherché des solutions, il eut vent du projet financé par l’USAID et mis en œuvre par EnterpriseWorks (EWV) à Ziguinchor, consistant à former les fabricants de pompes. Il collecta des fonds auprès de la communauté et obtint un soutien financier du Rotary Club. Au mois de mai 2005, il entra en contact avec les techniciens de EWV et des artisans formés. Le résultat fut l’acquisition et l’installation, un mois plus tard, d’une pompe équipée d’une vieille roue de scooter, de tuyaux en plastique et de pièces de rechange disponibles sur le marché locale.
Et les réactions positives d’affluer : « Cette pompe à eau est très précieuse pour nous. C’est pourquoi nous l’avons clôturée et désigné quelqu’un pour s’en occuper pour éviter que les enfants ne le cassent » commente Ibrahima.
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« Depuis que nous avons la pompe, les maladies liées à l’eau contaminée ont disparu et l’eau potable est disponible pour tous sans discrimination » poursuit le chef de village qui soutient que la pompe constitue sa plus grande réalisation.
Mais il n’est pas le seul à s’en féliciter. Binta Seck, 40 ans et mère de six enfants, se réjouit aussi de la présence de la pompe : « je suis très fière de cette pompe » dit-elle, après avoir bu un long coup, « avant, ma famille n’avait pas les moyens d’acheter de l’eau du continent mais maintenant nous avons gratuitement une bonne eau potable. Ma famille vient ici chaque jour puiser de l’eau, et nous n’avons jamais eu de maux de ventre après l’avoir bue ».
L’eau a été analysée dans un laboratoire de Dakar et des opérateurs de tourisme ont aussi fait tester un échantillon en France et les résultats sont que l’eau est potable. Une enquête de 232 consommateurs de l’île a aussi révélé un fort taux de satisfaction.
L’économie pour les insulaires est très importante. Pape Ndiaye, un grand garçon, puise chaque jour 40 litres d’eau pour les onze membres de sa famille. Sans la pompe, il aurait fallu débourser environ 18.000 francs CFA par mois pour acheter l’eau d’Elinkine.
La bonne nouvelle est vite parvenue, par pirogue, aux îles voisines de Diogué, Kassel, Saloulou et Niomoune qui ont aussi soumis des requêtes de pompes artisanales. Grâce à la formation technique financée par l’USAID, les artisans locaux ont fabriqué et vendu 90 pompes et 100 mini-forages depuis 2004, au bénéfice de 7000 personnes. Avec leur nouveau savoir-faire, ces artisans continuent à contribuer à la disponibilité de l’eau potable dans les villages sénégalais.